mercredi 19 juillet 2017

Remember

REMEMBER

Carmen te souvient-il au fin fond des enfers 
 De la gare du Nord et du chemin de fer 
 Qui t’apporta un soir arrivée d’Angleterre, 
 T’en souvient-il encor, toi qui dors sous la terre ? 

 O Morte, souviens toi de la Porte d’Italie, 
Des cyprès dans nos cœurs pleins de mélancolie 
Si près d’être brisés par nos sombres querelles 
 Vingt ans déjà, combien pourtant je me rappelle !  

Quel hiver nous avions, c’était partout la grève ! 
 Moi j’aurais bien voulu que Paris se soulève ! 
Mais toi tu n’aimais pas que tout se fût bloqué 
 Je t’ai dit Viens partons, et tu m’as dit OK ! 

 O ma souffrance en bas du rapide escalier 
Dans l’attente de toi, sans pouvoir oublier 
Quel zénith de douleur y pouvait en descendre
 Changeant mon espérance en un zeste de cendre. 

 Mais toi tu déboulais soudain, longue et brune 
Comme une apparition descendue de la lune 
Ton sourire si doux, beau, mais un peu triste 
 Et qui pulvérisait mes humeurs terroristes ! 

 Après les premiers mots, maladroits, allusifs 
 Ton cher bras dans le mien nous quittions Villejuif ; 
Dans la mini Austin, les airs de Led Zeppelin 
De nos cœurs tourmentés chassaient vite le spleen ! 

 Ainsi nous arrivions en roulant, côte à côte, 
Pour rouler l’un sur l’autre dans une chambre d’hôte 
Irrassasiés toujours, à jamais éperdus, 
L’un de l’autre affamés, l’un par l’autre perdus. 

Et puis nous déjeunions de soles et de corail 
Pour reconstituer nos forces de travail : 
 A peine ôtés des draps que leurs sueurs humectent 
Les amants volontiers bâfrent des pleuronectes ! 

 Et puis nous rentrions, étourdis et grisés 
Tout asphyxiés encore de nos derniers baisers 
 Incertains de nous mêmes, le cœur plein de détresse, 
 Que valent des Je t’aime, que valent ses caresses ? 

 Que valent des caresses, que valent ses Je t’aime ? 
 Le cœur plein de détresse, incertains de nous mêmes 
Toi prête à me trahir, moi près de te tuer, 
Ah, Carmen, ma Carmen, à moi prostituée.



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